Les Allemands libérateurs de l'Ukraine?

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Les Allemands libérateurs de l'Ukraine?

Message  RomanoV le Mar 8 Juin - 20:06

Les Allemands libérateurs de l'Ukraine ?, L'Histoire, N° 252, mars 2001
(par Jean-Jacques Marie)

Au sein d'un ensemble consacré à "Hitler-Staline, la guerre à mort" dans ce N° 252 de la revue L'Histoire de mars 2001, un bon article de J.-J. Marie qui explique l'accueil des Allemands par les Ukrainiens mais aussi le rapide retournement de ceux-ci.

La résistance de l'OUN-UPA contre l'occupation allemande puis l'occupation russo-soviétique y est signalée, ce qui, compte-tenu du caractère pro-soviétique et pro-russe de l'historiographie française dans ce domaine, à l'exception d'historiens comme Besançon, Kosyk ou Courtois, est un véritable événement qui mérite d'être signalé.


Suite à cet article, J. Chevtchenko, professeur d'histoire, a fait parvenir un courrier des lecteurs (ci-dessous) à la revue L'Histoire qui a seulement publié l'extrait en italique gras en page 4 de son numéro 254 de mai 2001 :

Quelques précisions à propos de l'article de Jean-Jacques Marie "les Allemands libérateurs de l'Ukraine ?" dans le N° 252 de L'Histoire

"Les Ukrainiens ont-ils collaborés avec les nazis ?" est une problématique récurrente quant à la guerre et l'occupation allemande en Europe de l'Est et plus particulièrement à propos de l'Ukraine car la question est curieusement moins posée à propos de la Pologne, de la Russie, de la Biélorussie ou des Pays baltes. Pourtant le Professeur Wolodymyr Kosyk, dans un excellent ouvrage « L'Allemagne national-socialiste et l'Ukraine » (Publications de l'est européen, Paris, 1986), en publiant les documents des archives allemandes, a clairement montré ce qu’il en était de cette question. Le mérite de Jean-Jacques Marie est d'avoir traité cet aspect souvent méconnu de l'histoire de la Seconde guerre mondiale avec justesse et sobriété, ce qui, compte tenu des enjeux géopolitiques passés et toujours présents dans la région et du traitement partisan du sujet par certains historiens français, est rare et mérite d'être signalé. Jean-Jacques Marie (Il) a très pertinemment relevé le passif russo-soviétique vis à vis des Ukrainiens souvent oublié par l'historiographie traditionnelle et qu'il n'est pas inutile de rappeler : guerre civile, destruction de l'intellingentsia ukrainienne, oppression, russification, collectivisation forcée et famine de 1932-1933 au caractère génocidaire, qui explique l'accueil des Allemands dans un premier temps dans la mesure où les populations ukrainiennes, essentiellement rurales, présentaient le caractère ukrainien, pacifique, individualiste et entrepreneur, le plus affirmé et ce, malgré l'oppression, la collectivisation et la famine alors que les populations des villes comportaient des majorités de Juifs, de Russes ou de populations russifiées, ou tout au moins d'importantes minorités non ukrainiennes. Il est aussi rare de montrer, comme le fait J.-J. Marie, le rôle qu'a joué l'Organisation des Nationalistes Ukrainiens de Stepan Bandera (OUN-R) et l'Armée Insurrectionnelle Ukrainienne (UPA). Le renversement de l'opinion publique ukrainienne intervient très rapidement devant les déportations massives de travailleurs forcés, raflés dans les villes et les campagnes et réduits en esclavage dans les camps, les usines ou les fermes allemandes et dont le sort n'a rien à voir avec celui des S.T.O. français, mais aussi lorsqu'après la proclamation de la restauration de l'indépendance du 30 juin 1941, l'OUN et ses chefs entrent en conflit direct avec les Allemands, la réaction de Berlin est immédiate. Présent à Cracovie, Stepan Bandera est alors convoqué le 3 juillet devant une Commission d'investigation du Gouvernement général cherchant à savoir si cette proclamation d'indépendance avait reçu l'aval d'un quelconque organisme allemand. En réponse, Bandera déclara qu' « en donnant ces ordres, je me suis appuyé sur aucune autorité allemande, sur aucun consentement des autorités allemandes, mais seulement sur le mandat que j'ai reçu des Ukrainiens ». Déjà assigné à résidence, Bandera fut définitivement arrêté et déporté à Berlin le 5 juillet 1941.

Yaroslav Stetsko, désigné pour former le gouvernement ukrainien, fut à son tour arrêté et déporté dans la capitale allemande le 9 juillet. Les deux dirigeants ukrainiens seront finalement déportés au camp de concentration de Sachsenhausen et ne seront libérés que le 27 septembre 1944, à la fin de l'occupation de l'Ukraine par les Allemands. Les responsables de l’OUN seront traqués, arrêtés et très souvent exécutés.

Un rapport de l'Einsatzkommando C / 5 de la police de sécurité et du SD (Kdo-Tgb. N°12432/41), dépendant de l'Einsatzgruppe C chargé des exécutions sur l'arrière des troupes allemande régulières en Ukraine occidentale et centrale, daté du 25 novembre 1941 et destiné aux postes extérieurs de Kiev (Kyïv), Dniepropetrovsk (Dnipropetrovsk), Nikolaev (Mykolaïv), Rovno (Rivné), Jytomyr et Vinnytsia à pour objet l'Organisation des Nationalistes Ukrainiens de Stepan Bandera et rapporte en ces termes qu' "il a été établi de manière irrécusable que le Mouvement de Bandera est en train de préparer un soulèvement dans le Reichskommissariat (Ukraine) dont le but est la création de l'Ukraine indépendante. Tous les activistes du mouvement de Bandera doivent être immédiatement arrêtés et, après un interrogatoire approfondi, liquidés en secret comme pillards.

Les procès verbaux des interrogatoires doivent être envoyés à Einsatzkommando C/5.

La présente lettre doit être détruite par le Kommandoführer immédiatement après lecture." (XI / 014 USSR (N°7) XXXIX, International Military Tribunal (IMT). Der Prozess gegen die Hauptkrieggsverbrecher vor dem Internationalen Militärgerichtshof,Nürnberg, 1945-1946, 42 vol., pp. 269-270. Document traduit et publié par W. Kosyk, op. cit., document N° 106 p. 552).

Ce document établi clairement que les cibles désignées des Einsatzgruppen, des Einsatzkommandos et des Sonderkommandos n’ont pas seulement été les Juifs et les commissaires politiques soviétiques mais aussi les indépendantistes ukrainiens de l’OUN de Bandera comme l’a montré le professeur Wolodymyr Kosyk en publiant des dizaines de documents dans son ouvrage.

Enfin, sur la conclusion de l'article de Jean-Jacques Marie, "Staline ne leur (les partisans de l'OUN-UPA) en sera pas reconnaissant", c'est le moins qu'on puisse dire dans la mesure où le combat de l'UPA était double, contre l'envahisseur nazi et contre le pouvoir russo-soviétique. Contre ce dernier, la lutte dura jusqu'au début des années cinquantes. Les combattants de l'OUN-UPA, abandonnés du monde occidental, luttèrent avec acharnement pour la liberté et l'indépendance de l'Ukraine, à la fois contre le NKVD soviétique, mais aussi les services de sécurité polonais et tchécoslovaques, jusqu'à la mort de Roman Choukheyvitch, leur commandant en chef.

J. Chevtchenko


Source : Ukraine Europe http://www.ukraine-europe.info/ua/dossiers.asp?1221031206
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