comment la Russie s'achète des relais de propagande parmi nos politiques et nos chefs d'entreprises

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comment la Russie s'achète des relais de propagande parmi nos politiques et nos chefs d'entreprises

Message  tarkan le Mar 4 Aoû - 15:36

Un député UMP a t-il cherché à masquer ses liens avec un oligarque russe sous sanctions ?

Ou comment l’analyse d’un site en apparence sans intérêt peut révéler bien des choses
La page d’accueil du site de CFG Capital

Mise à jour (27/02/2015) : Contacté, Thierry Mariani nie fermement faire partie de la société CFG Capital. Bien qu’il reconnaisse connaitre Konstantin Malofeev personellement, il affirme que Pierre Louvrier (le créateur de CFG Capital ainsi qu’une connaissance de M.Mariani) a utilisé son nom à son insu, avant de faire marcher arrière lorsqu’il s’est plaint. Pierre Louvrier lui aurait affirmé que les journalistes de Vedomosti ont mal interprété ses propos et ont inséré le nom de Mariani par erreur (ce qui, comme le montre la suite de ce post, est factuellement faux : le nom de Thierry Mariani était inscrit sur le site de CFG Capital). Thierry Mariani affirme enfin ne pas connaitre Alexandre Torchine (homme politique russe, dont le nom a aussi été retiré du site de CFG Capital).
Mise à jour (01/08/2015) : Pierre Louvrier nie tout lien entre CFG Capital -maintenant en liquidation- et la société de Konstantin Malofeev, Marshall Capitals.




Pour un suivi concernant cette affaire, vous pouvez aussi consulter cet article : Un achat sous influence ?



Le 13 novembre 2014, le journal d’affaires russe Vedomosti révélait que la société de Konstantin Malofeev, Marshall Capital Partners, venait de s’associer avec une société européenne, CFG Capital, pour créer un fonds visant à soutenir l’investissement en Russie. Les sommes engagées sont colossales : d’après Vedomosti, CFG Capital investirait 2 milliards d’euros dans le fonds. Surtout, le journal russe liste un certain nombre d’éminentes personnalités, dont le député UMP Thierry Mariani, comme faisant partie de l’aventure CFG.
Vedomosti ne cite pas de sources concernant cette révélation, et aucun autre journal ou site internet n’a discuté cette nouvelle. En France, et malgré le caractère sulfureux de Malofeev, le silence a aussi été total.
En procédant à quelques recherches autour du site officiel de CFG Capital, il nous a pourtant été possible non seulement de retrouver une trace de l’implication du député français Thierry Mariani dans cette société, mais aussi de voir que son nom a été effacé du site peu ou prou au moment ou était révélé le partenariat entre CFG Capital et la société de Malofeev.

Konstantin Malofeev, l’oligarque orthodoxe

Personnage atypique de l’oligarchie russe, le nom de Konstantin Malofeev a, pendant toute l’année dernière et jusqu’à cette semaine, parsemé l’actualité. Que ce soit en raison d’accusations de financement des séparatistes Ukrainiens, à cause de sa mise sous sanction en raison de ces accusations, ou encore en raison de son partenariat avec Phillipes de Villiers pour la construction d’un “Puy du Fou” russe en Crimée, l’homme a fait parler de lui. Il y a quelques jours, Malofeev est de nouveau apparu sur les écrans radars, cette fois en raison d’un document le présentant comme l’un des instigateurs d’un complot visant à annexer la Crimée ainsi que l’Est de l’Ukraine à la Russie.
Un type bien différent de Timchenko (autre oligarque russe dont nous avons parlé récemment), ce Malofeev. Pour commencer, il est beaucoup moins proche de Vladimir Poutine. Oh, certes, Valeurs Actuelles, par ailleurs bien connu pour la pertinence de ses analyses sur le monde russe (*rires*), le mentionne comme “l’homme qui parle à l’oreille de Poutine”. Et dans un système où l’enrichissement n’est permis qu’en échange d’une loyauté sans faille, l’homme ne prépare sans doute pas en secret un complot pour renverser l’actuel maître du Kremlin. Mais si Malofeev possédait avec Poutine le niveau d’intimité que lui prête Valeurs Actuelles, il est probable que sa maison n’aurait été pas été fouillé par les autorités russes il y a quelques jours, le tout pour une affaire vieille de huit ans (l’article de Kommersant est titré “les sanctions américaines ne protègent pas des perquisitions”). À ce titre, et en considérant les accusations de financement des séparatistes ukrainiens[1], Malofeev apparaît plus comme un instrument de la politique du Kremlin, qu’on recadre quand le besoin s’en fait ressentir, plutôt que comme quelqu’un capable de peser directement sur cette politique[2].
Malofeev est aussi loin d’avoir la fortune de l’ancien patron de Novatek, 117ème homme le plus riche de la planète. Il se contente tout de même d’être le propriétaire de Marshall Capital Partners, l’un des plus importants fonds de “private-equity” russe. Et c’est par cette société qu’il s’est, à la fin de l’année dernière, associé avec un fonds d’investissement européen, CFG Capital.

CFG Capital, une société très politique

Dans son article, Vedemosti liste les personnalités que compose le “conseil consultatif” (экспертный совет) de CFG Capital. Et c’est une belle liste : on y retrouve Alexandre Torchine, premier vice-président du Conseil de la Fédération (la chambre haute du parlement russe), un ancien ministre luxembourgeois de l’économie et du commerce extérieur, un magnat russe des médias (Viktor Chkoulev, dont la société Hearst Shkulev Media distribue Elle, Marie-claire ou encore Maxim en Russie et en Ukraine), un homme d’affaires français familier de la Russie (Pierre Louvrier) et enfin un homme politique français, membre de l’UMP et député de la 11ème circonscription des Français de l’étranger, Thierry Mariani.
M.Mariani s’est illustré ces derniers mois aussi bien par ses subtiles analyses de l’Histoire africaine que par ses positions ouvertement pro-russe, qui ont culminé par un voyage à Moscou avec 13 autres parlementaires, ou ils ont notamment pu rencontrer Sergueï Narychkine, le président de la chambre basse du parlement russe (la Douma). Il s’est plus généralement fait un excellent porte-parole de la rhétorique du Kremlin durant le conflit ukrainien, que ce soit pour dénoncer les sanctions, s’indigner de l’arrêt de la vente des Mistrals ou appeler de son coeur à une résolution politique de la guerre.
Le fait est qu’à l’exception de cet article de Vedomosti, repris par l’agence de presse étatique RIA Novosti, on ne trouve trace de ce partenariat entre l’oligarque russe Malofeev et le député français nulle part. Thierry Mariani ne s’en est certainement pas vanté. Son nom n’apparaît pas sur le site internet de CFG Capital, non plus que celui d’Alexandre Torchine : le site internet ne liste aucun membre.
Alors, peut-il y avoir eu erreur sur la personne ?
Eh bien, non.

Autopsie d’un site web


Le site web de CFG Capital ne présente au premier abord aucun intérêt : au-delà d’une adresse postale, d’un numéro de téléphone et d’un mail, il est absolument vide d’informations concrètes. Tout juste peut-on y apprendre que CFG Capital “like the people” (oui, “the” people, sans rire) et possède un “focus” sur la Russie. La section “Who We Are” est un concentré de langue de bois dans la grande tradition des sites corporate : il ne s’y trouve absolument rien d’intéressant, ou même de vaguement informatif.
Mais ça n’a pas toujours été le cas.
AiHitdata est un site dont l’objectif de centraliser toutes les informations que les sociétés affichent sur leurs sites. Pour cela, des robots parcourent le web et récupèrent chaque jour d’énormes masses de données sur les sites internet de dizaines de millions de sociétés.
Surtout, AiHitdata détecte et enregistre les changements effectués sur les sites de ces sociétés, et notamment les changements de nom. Et la chose est particulièrement instructive lorsqu’on se rend sur la page du site concernant CFG Capital.


https://medium.com/@fabrice_deprez/un-d%C3%A9put%C3%A9-ump-a-t-il-cherch%C3%A9-%C3%A0-masquer-ses-liens-avec-un-oligarque-russe-sous-sanctions-e96d2052958e
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Message  tarkan le Mar 4 Aoû - 15:37

Un achat sous influence ?

Les aventures d’un homme d’affaires Belge en Russie et en Bulgarie


Dans notre dernier article concernant les liens entre un député français et Konstantin Malofeev, un oligarque russe sous sanctions, nous n’avions que brièvement mentionné le nom de Pierre Louvrier, homme d’affaires Belge et fondateur de CFG Capital, la société impliquée dans un partenariat avec Konstantin Malofeev. Or, il semble que M.Louvrier ait non seulement été particulièrement embarrassé par l’annonce de son partenariat avec M.Malofeev, mais qu’il soit aussi en ce moment au cœur du rachat de plusieurs importantes sociétés bulgares, dont l’une des plus grandes entreprises de défense du pays. Petit retour sur cette histoire.

Le casse-tête Malofeev

Depuis la publication de notre article sur le sujet, un nouveau message est apparu sur le site du fonds d’investissement CFG Capital :



Il est intéressant de mettre en perspective les affirmations de CFG Capital dans cette déclaration avec ce que nous a dit Thierry Mariani sur la question, ainsi qu’avec les déclarations de Malofeev.
CFG Capital affirme donc que Vedomosti a publié une information totalement erronée en novembre 2014, lorsque le journal d’affaire russe a écrit un premier article concernant le partenariat entre CFG Capital et Marshall Capitals, la société de l’oligarque russe Konstantin Malofeev, actuellement sous le coup de sanctions. D’après M.Mariani, c’est aussi l’argument qu’aurait employé Pierre Louvrier pour justifier auprès du député français sa présence sur le site de CFG Capital : Vedomosti se serait trompé, aurait sorti le nom de nulle part et l’aurait mis dans l’article. Or, comme indiqué dans notre article précédent, cette seconde affirmation est fausse : le nom de Thierry Mariani était bel et bien inscrit sur le site de CFG Capital, et les journalistes de Vedomosti n’ont donc pas commis d’erreur en le reprenant. On peut donc raisonnablement douter aussi la première affirmation, celle affirmant que l’annonce du partenariat entre Malofeev et Pierre Louvrier était « contraire à toutes les règles journalistiques ».
On peut d’autant plus en douter que Vedomosti a publié une interview avec Konstantin Malofeev lui-même, ou il affirme en toutes lettres être en partenariat avec la société de Pierre Louvrier, CFG Capital. Surréaliste situation ou le site de CFG Capital nie tout lien avec Malofeev (qu’il n’ose même pas citer de nom) tandis que la société de Malofeev continue d’annoncer sans aucune gêne le partenariat avec CFG Capital.

La Piste Bulgare

Cet énorme imbroglio a pris depuis quelques semaines une importance nouvelle. Après quelques mois de flottement, c’est dans un pays inattendu, la Bulgarie, qu’est réapparu M.Louvrier. Là-bas, il s’est retrouvé au cœur de ce qui est rapidement devenu une affaire politico-médiatique, lorsqu’il s’est avéré que son fonds d’investissement cherchait à prendre le contrôle d’une des plus grosses sociétés d’armement du pays, ainsi que d’un géant de la télécommunication locale.
Le fonds d’investissement en question n’est pas CFG Capital. C’est une nouvelle société, LIC33 (parfois présenté comme « Louvrier Investment Company » mais apparemment en fait « Luxemburg Investment Company ») qui semble n’avoir d’existence légale que depuis une poignée de semaines. Le site a été publié il y a moins d’un mois. Son adresse, à Paris, n’est qu’une boite aux lettres.
Les médias bulgares ont été rapides à remarquer le caractère superficiel de ce fonds, surgit de nulle part et qui s’apprêtait à racheter quelques-unes des sociétés les plus stratégiques du pays. Et tout aussi rapide à découvrir les liens entre Pierre Louvrier et l’oligarque russe Konstantin Malofeev. C’est donc sans surprise que, lors de la conférence de presse organisée par LIC33 le mardi 24 mars, la majorité des questions ont tourné autour des liens entre Pierre Louvrier et Malofeev.

Pierre Louvrier a donc passé la majorité de cette conférence à nier ses liens avec Malofeev (d’après lui, Malofeev voulait “donner l’impression qu’ils étaient partenaires”, bien qu’ils n’aient “aucun partenariats ou investissements conjoints”), tout en refusant de révéler le nom des investisseurs présents dans le fonds LIC33. Il a tout de même pu confirmer le rachat par son fonds d’un portefeuille d’actions comprenant 43% de Vivacom (plus grosse société de télécommunications bulgare), 100% de Nurts (une radio de Vivacom), 91% de Avionams (entreprise de réparation d’avions militaires) et 91% de Dunarit, société bulgare spécialisée dans la fabrication de munitions (pour l’aviation et l’artillerie). Ce rachat se ferait pour 1 euro symbolique, accompagné de la promesse de rembourser des dettes estimées à 900 millions d’euros.
L’affirmation de Louvrier concernant le caractère strictement européen des investisseurs présents dans le fonds ne semble pas avoir satisfait tout le monde : le gouvernement bulgare a ainsi fait savoir dans l’après-midi suivant la conférence qu’il demandait à LIC33 de préciser l’origine de ses fonds, et ne rentrerait en contact avec la société qu’à cette condition. Les médias ainsi que la classe politique bulgare ont eux été prompts à dénoncer une opération d’influence russe.

Que se passe-t-il ?

Pris isolément, le déni persistant de Pierre Louvrier concernant ses liens avec Konstantin Malofeev serait simplement cocasse (voire franchement marrant). Mais dans le contexte de son acquisition de 6 entreprises bulgares, dont deux entreprises de défense, la chose devient clairement suspecte.
Et si Pierre Louvrier semble avoir été pas mal occupé ces dernières semaines, il en a été de même pour l’homme d’affaire russe : après que sa maison ait été fouillée par les autorités au milieu du mois de février, Konstantin Malofeev a vu au mois de mars toutes les poursuites pénales contre lui être abandonnées.
Celles-ci avaient été lancées après une plainte de la banque d’Etat russe VTB, qui l’accusait de n’avoir jamais remboursé des prêts contractés par une société possédée par Marshall Capital (et donc par Malofeev). Nutritek, la société en question, avait emprunté auprès de VTB 225 millions de dollars pour l’achat de fermes laitières, avant de subitement faire faillite. VTB considérait alors que Malofeev avait surévalué le prix de ces fermes et, dans un grand classique de fraude, avait empoché 225 millions pour des fermes qui n’en valaient que 40.
L’investigation des autorités russes durait depuis déjà quelque temps. Mais, après plusieurs perquisitions et interrogatoires en 2012 et 2013, l’année 2014 avait été étonnamment calme pour M.Malofeev sur le front judiciaire : Kommersant parle ainsi d’un « gel » des enquêtes à son encontre.
En Russie, où les enquêtes de corruption sont très souvent un simple levier de pression pour le pouvoir, un tel relâchement n’est pas anodin. Et n’était certainement pas étranger à l’activité frénétique que va déployer Malofeev, dans une grande démonstration de loyauté, sur le front politique. Après avoir été accusé de financer les séparatistes en Ukraine de l’Est (lui parle de simple « soutien humanitaire »), Malofeev va passer sous sanctions européennes. Ça ne l’empêchera pas de mettre en place un projet de « Puy du Fou » russe avec Philipe de Villiers, projet réalisé avec la bénédiction de Vladimir Poutine.
L’abandon des poursuites contre Malofeev pourrait donc être interprété comment une « récompense » face à ses bonnes actions de l’année passée (ce qui n’explique certes pas la perquisition ayant eu lieu chez lui un mois auparavant).
Mais il y a une autre possibilité : Malofeev pourrait avoir été libéré de ses ennuis judiciaires afin de pouvoir se consacrer à des activités plus importantes… comme la prise de contrôle de sociétés d’armement bulgare, au travers d’un fonds d’investissement « européen ». L’hypothèse n’est pas parfaite : la complète discordance entre Malofeev et Louvrier (le second niant être partenaire du premier) ne parait pas en faire des complices idéaux.
Cette hypothèse a aussi le problème de ne pas prendre en compte le rôle de Tsvetan Vassilev, sulfureux banquier bulgare et qui était le propriétaire du portefeuille d’actions racheté par LIC33. Plusieurs médias bulgares ont ainsi évoqué la possibilité que Vassilev lui-même soit derrière LIC33.
Il est néanmoins clair que les activités de Pierre Louvrier et de ses sociétés méritent d’être étudiées de plus près. Au vu du tournant médiatique pris par l’affaire, on peut espérer obtenir quelques réponses dans les semaines à venir.

https://medium.com/@fabrice_deprez/achat-sous-influence-7faaaa5ac4af
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Re: comment la Russie s'achète des relais de propagande parmi nos politiques et nos chefs d'entreprises

Message  tarkan le Mar 4 Aoû - 15:38

Timchenko et la France (1ère partie)

Episode 1 : Le Front National et l’oligarque du Kremlin

L’obtention par le Front National d’un prêt de 9 millions d’euros auprès de la mystérieuse “First Czech Russian Bank” a fait couler beaucoup d’encre. Les deux principaux sujets de débats ont tourné autour des conditions d’obtention du prêt (Jean-Luc Schaffhauser, député européen FN, aurait joué les intermédiaires pour la modique somme de 100 000€), mais surtout de la nationalité de cette banque, partiellement tchèque mais bel et bien basée à Moscou.
Le soutien du Kremlin aux divers partis nationalistes et d’extrême droite européen n’est pas un phénomène nouveau ni même inconnu. Les articles à ce sujet abondent dans la presse depuis plusieurs années (les diverses visites de Marine Le Pen à Moscou ont été commentées en long et en large), tout comme les analyses. Logique donc qu’à l’annonce de ce prêt, tout le monde se soit rangé immédiatement à la conclusion que le Kremlin finance maintenant directement le Front National.
Mais pourquoi, au fait ? Le fait que la banque soit de nationalité russe permet-il vraiment de conclure à une opération d’influence de la part du pouvoir russe ?
Les médias français ont été un peu avares en détail sur le sujet : Le Nouvel Obs ne fournit pas vraiment d’explication, Le Monde dit simplement qu’il s’agit d’un prêt “dont personne n’imagine, à Moscou, qu’il ait pu avoir eu lieu sans l’assentiment du Kremlin”. Libération va un peu plus loin, mentionnant les noms de Roman Popov et surtout de Gennady Timchenko, oligarque proche du Kremlin et qui contrôlerait la “First Czech Russian Bank” (FCRB). Mais même ces derniers n’expliquent pas vraiment de quelle manière Timchenko contrôlerait la FCRB, et de quelle manière il serait proche du Kremlin.
Gennady Timchenko. Voilà le personnage important dans cette histoire. Et quand Marine Le Pen dit à propos du prêt “ça ne me pose absolument aucun problème, je ne vois pas d’ailleurs le rapport entre une banque tchèquo-russe et le gouvernement de Vladimir Poutine”, on peut lui répondre qu’il est bien là, le rapport.
Timchenko est bien plus qu’un riche oligarque qui se serait retrouvé à fricoter indirectement avec le FN. Il est la 64e fortune mondiale, le fondateur de Gunvor, le troisième fournisseur de pétrole au monde, et l’un des principaux actionnaires de Novatek, le premier producteur indépendant de gaz naturel en Russie. Il est surtout un ancien partenaire de judo de Poutine, et les deux hommes ont même été partenaires d’affaire dans les années 90. C’est enfin quelqu’un ayant de nombreux liens, parfois surprenants, avec la France.

De la First Czech Russian Bank à l’oligarque russe

Qu’est-ce qui lie la FCRB à M.Timchenko ?
Une personne, tout d’abord. Roman Popov, l’actuel dirigeant de la banque, était de 1992 à 2002 le directeur des ressources financières de Stroitransgaz, une société spécialisée dans la construction de pipelines. De nos jours, Stroitransgaz est contrôlé à 80% par Volga Group, un fonds d’investissement créé par et au service de M.Timchenko (il ne s’en cache pas : le site officiel de Volga Group déclare tout de go qu’il s’agit d’un fond “possédant des intérêts directs ou indirects dans une variété de biens au nom de M.Timchenko”).


Rapport de Volga Group du premier semestre 2013 dans lequelle Volga Group annonce une part de 80% dans Stroitransgaz
Au moment où M.Popov rejoignait le conseil d’administration de la FCRB, Stroitransgaz investissait lourdement dans la banque si bien qu’en 2003 et d’après le journal russe Vedomosti, la société possédait 94,5% du capital de la First Czech Russian Bank. Preuve supplémentaire, un rapport annuel de la banque datant de 2004 déclare que Stroitransgaz possède alors 86,13% des parts de la FCRB, le reste appartenant à l’agence de consolidation tchèque, une agence gouvernementale.


Rapport annuel de la FCRB de 2004 détaillant la structure de la société : Stroitransgaz est présenté comme détenant 86,13% du capital
Pour résumer : la FCRB est contrôlée à près de 90% par une société contrôlée à 80% par M.Timchenko. De plus, un ancien employé de la société qui contrôle maintenant la FCRB dirige la banque.


Schéma récapitulatif (et très simplifié) de la structure d’appartenance de la FCRB
Ça, c’est pour le lien entre la FCRB et Guennady Timchenko. Quid de celui entre M.Timchenko et le Kremlin ?

De l’oligarque russe à Vladimir Poutine

La principale accusation d’une éventuelle connivence entre Timchenko et le pouvoir russe s’est faite au travers d’un troisième acteur, la société Gunvor. Basée à Genève, l’entreprise s’est spécialisée dans le transport et le commerce de pétrole. Elle a été fondée par Timchenko en 2000 et elle est notamment célèbre pour son ascension éclair, passant en quelques années d’un acteur de niche à l’un des plus gros fournisseur de pétrole au monde. Timchenko ne possède plus de parts dans la société, bien qu’il en soit toujours président : quelques heures avant d’être frappé par les sanctions américaines (consécutives à l’annexion de la Crimée), l’homme d’affaires a vendu l’ensemble de ses parts à son associé.
Dans plusieurs câbles diplomatiques datant de 2008 et 2009 révélés par WikiLeaks, les ambassades américaines en Russie et Géorgie relaient un ensemble de rumeurs sur des collusions entre Gunvor et le Kremlin, affirmant que l’ascension du premier aurait été aidée par le second au travers de contrats avantageux. Un des câbles affirme même que Poutine “possède des parts” dans Gunvor, tandis qu’un autre parle simplement de rumeurs affirmant que Gunvor serait “la source de la fortune non révélée de Poutine”. À l’époque, la diplomatique américaine a vivement nié ces affirmations.
Mais les relations diplomatiques se sont vivement dégradés depuis l’annexion de la Crimée et ce qui se disait alors dans des échanges diplomatiques confidentiels (enfin, en théorie) s’est déversé ces derniers mois sur la place publique. Conséquence, l’annonce du US Treasury affirmant que Poutine aurait des investissements dans Gunvor, société dans laquelle il pourrait, à l’occasion, puiser des fonds. De manière plus large, des procureurs fédéraux ont commencé à enquêter sur des soupçons de blanchiment d’argent visant Gunvor.
Il faut tout de même reconnaître que toutes ces histoires en restent pour l’instant au stade de rumeurs, malgré un faisceau d’indices assez important. Il ne fait néanmoins aucun doute que Timchenko et Vladimir Poutine se connaissent personnellement. Après tout, c’est Poutine lui-même qui le dit en 2011 :
“Je peux dire que cela fait quelques années que je connais M.Timchenko, depuis l’époque où je travaillais à Saint-Pétersbourg”
Pour situer, M.Poutine a commencé à travailler à la mairie de Saint-Pétersbourg en 1991 (il était alors conseiller du maire aux affaires internationales). Il connaît donc Guennady Timchenko depuis près de 20 ans. Dans “Putin’s Kleptocracy : Who Owns Russia ?”, Karen Dawisha mentionne plusieurs affaires reliant les deux hommes. En 1991, Poutine [url=http://books.google.fr/books?id=TwWZBAAAQBAJ&pg=PA115&lpg=PA115&dq=putin+timchenko&source=bl&ots=1IYi2D-vA5&sig=dqIzncJdNvCbvqmnJe5euAfH5c8&hl=fr&sa=X&ei=MO58VKzQEcTVygP4-IDADA&ved=0CCgQ6AEwATge#v=onepage&q=putin timchenko&f=false]aurait utilisé sa place à la mairie de Saint-Pétersbourg[/url] pour permettre à Timchenko de racheter du pétrole à des tarifs particulièrement avantageux. En 1992, les deux hommes auraient créé ensemble une société, Golden Gate, qui devait mettre en place un terminal pétrolier à Saint-Pétersbourg. D’après le Financial Times, l’affaire serait tombée à l’eau en raison de l’implication de la mafia locale.
Il ne fait donc aucun doute que Timchenko connaît Poutine et que les deux hommes sont restés en contact au cours des années. D’ailleurs, à la suite des sanctions ayant touchés le premier en mai dernier, Poutine a fait de lui le dirigeant du Conseil Economique Russie/Chine, un groupe officiel visant à développer les relations économiques entre les deux pays.
Avec tout ça, on s’est pas mal éloigné du Front National. Il est donc peut-être l’heure de récapituler :
- La banque auprès de laquelle le Front National a contracté un prêt de 9 millions d’euros est contrôlée par une société possédée en majorité par Guennady Timchenko, oligarque russo-finlandais et 64e fortune mondiale.
- Roman Popov, actuel dirigeant de la banque, a travaillé pendant 10 ans pour la société qui contrôle maintenant la FCRB
- Guennady Timchenko est soupçonné de devoir sa richesse à sa collusion avec le pouvoir russe, ce au travers de sa société Gunvor
- Il entretient des liens incontestables avec Vladimir Poutine : les deux hommes ont été compagnons d’affaires dans les années 90 et sont restés depuis en relation étroite.
Pour répondre à Mme Le Pen, il existe donc un lien relativement direct entre une banque tchéquo-russe et le gouvernement de Vladimir Poutine. Toute la question est à partir de là de connaître l’ampleur de l’implication de Moscou dans cette histoire. Ont-ils commandé cette opération depuis le début ? Si l’ont en croit les lettres de refus de banques françaises publiés par le FN et à moins d’envisager une opération de désinformation russe, la FCRB n’était clairement pas le premier choix de Marine Le Pen. En excluant l’hypothèse d’une opération russe décidée de longue date, on peut envisager trois possibilités :
- Moscou a “saisi l’opportunité” en apprenant les difficultés du FN, contactant la FCRB pour qu’ils octroient le prêt
- Moscou s’est contenté d’autoriser l’opération, y voyant une manière intéressante d’augmenter son influence
- Moscou n’a jamais entendu parler de cette affaire avant qu’elle ne soit révélée dans les médias
De par l’intérêt que porte la Russie aux partis anti-américains et anti-UE à travers l’Europe, intérêt parfaitement connu, la troisième hypothèse parait peu probable. La différence entre les deux premières hypothèses est alors aussi importante que de savoir la vérité est difficile : dans le premier cas, on a une opération délibérée d’un gouvernement étranger pour influencer la politique de notre pays. Dans le second cas, on serait dans une simple situation de “laissez-faire”.
De quoi en retourne-t-il vraiment ? Mystère…

Cet article n’est que le premier d’une série s’intéressant à la First Czech Russian Bank ainsi qu’à ses acteurs principaux. Le prochain épisode portera sur les liens ainsi que les activités qu’entretient Guennady Timchenko en France.

https://medium.com/@fabrice_deprez/les-petites-histoires-de-la-nouvelle-banque-du-front-national-14d7cc66cdb2
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Re: comment la Russie s'achète des relais de propagande parmi nos politiques et nos chefs d'entreprises

Message  tarkan le Mar 4 Aoû - 15:39

Timchenko et la France (2ème partie)

Episode 2 : Un homme d’influence
Le premier épisode, qui s’intéresse aux liens entre la First Czech Russian Bank, nouvelle banque du Front National, et l’oligarque russe Timchenko, peut se lire à cette adresse.
Christophe de Margerie accueille Guennady Timchenko au forum économique de Saint-Pétersbourg

Timchenko possède un certain nombre d’intérêts et de relations en France, aussi bien économiques que philanthropiques, public qu’éminemment privé. Ces liens contribuent à faire de Timchenko, septième fortune de Russie et l’un des grands amis de Poutine, l’homme idéal pour mener une politique d’influence de la part du Kremlin.
Il n’y a à l’heure actuelle aucun preuve indiquant que l’oligarque Timchenko aurait eu personnellement à voir avec le prêt de 9 millions d’euros octroyé par la First Czech Russian Bank au Front National. Néanmoins, le fait qu’il contrôle la banque ayant réalisé le prêt ajouté à ses liens avec le Kremlin (détaillés dans le précédent article) pousse à regarder un petit peu plus loin.

Timchenko, entremetteur de Total en Russie


La nouvelle n’a pas fait les grands titres : en juillet 2013, Guennady Timchenko se voit remettre en petit comité la Légion d’Honneur, grade de chevalier. Les déclarations sur le sujet, notamment celles de la Chambre de commerce franco-russe (CCIFR) — Timchenko y est alors coprésident du conseil économique — , mettent en avant le rôle majeur de Timchenko dans les affaires de Total en Russie, mais aussi ses actions caritatives : Timtchenko a ainsi soutenu la création de salles permanentes consacrées à l’art russe au Musée du Louvre, et sa Fondation organise des tournois d’échecs à Paris ainsi qu’à Genève. Mais vous pensez bien qu’organiser des tournois d’échecs n’est généralement pas suffisant pour se voir décorer de la Légion d’honneur. Et de fait, c’est bien la manière dont Timchenko a permis à Total de se développer en Russie au travers de sa société Novatek qui est ici récompensée. Dans Le Monde, un diplomate français admet ainsi que Timchenko est “un levier incroyable dans le secteur énergétique […] Il a été déterminant dans la montée de Total dans l’actionnariat de Novatek”.
L’histoire des liens entre Timchenko et la France commence donc avec Total.
Les choses étaient pourtant mal parties : en 2005, la société française annonce l’échec de sa tentative d’achat de 25 % (plus une part) de Novatek, malgré l’autorisation du président russe et le lobbying forcené de Jacques Chirac. En cause, les délais permanents et inexpliqués du Service Fédéral Anti-Monopole.
Dans les faits, Total s’est à l’époque et bien malgré lui retrouvé au cœur d’une lutte interne d’officiels russes qui cherchaient à étendre leur contrôle sur les secteurs les plus lucratifs de l’économie. Le contrôle de Vladimir Poutine sur ces derniers n’est pas encore total, et il est vraisemblable qu’il s’agit bien de ces luttes (avec l’objectif de permettre à Gazprom de récupérer le gâteau Novatek) qui ont fait capoter le premier projet de rapprochement entre Total et Novatek.
Qu’à cela ne tienne. En juillet 2007 et après plusieurs années difficiles en Russie, Total signe un contrat de partenariat avec Gazprom : l’entreprise française n’est plus un danger potentiel et les luttes internes dans l’appareil d’État russe ont été muselées par Poutine. Les choses vont alors vite progresser. En juin 2009, Total annonce la signature avec Novatek d’un protocole d’accord pour l’achat de 49 % de Terneftgaz, société contrôlée à 100 % par Novatek. Terneftegaz détient alors une licence de production sur un énorme gisement gazier estimé à 47 milliards de mètres cubes. L’accord est finalisé six mois plus tard avec la création de la Joint-Venture qui permettra à Total et à Novatek d’exploiter ensemble le gisement de gaz. C’est dans ce contexte favorable qu’arrive Christophe de Margerie, nommé en mai 2010 PDG de Total. Enfin, arrive… nommé PDG en 2010, il est déjà Directeur Général de la société depuis 2007 et connaît très bien les dossiers de Total en Russie. L’homme va rencontrer Vladimir Poutine  — il est alors premier ministre — le mois suivant sa nomination et discuter des projets de la société française en Russie. Pour Total, l’avenir est radieux.

Timchenko et la CCIFR : au cœur de l’influence russe en France

En décembre 2011, alors que la collaboration entre Total et Novatek est déjà bien avancée, Timchenko accède à la présidence du Conseil Économique de la CCIFR, la Chambre de Commerce et d’Industrie Franco-Russe. La CCIFR est particulièrement importante, car elle n’est ni plus ni moins que l’une des organisations phares du système de lobbying russe en France.
Organisme privé, fondé et financé par un groupement de sociétés françaises présentes en Russie, la CCIFR est pourtant en relation avec un certain nombre d’acteurs publics, depuis Ubi France (une agence étatique de développement économique, récemment devenue “Business France”) jusqu’au ministre des Affaires étrangères en passant par la diplomatie française en général. L’importance de la CCIFR en tant qu’organe d’influence russe en France a été mise en lumière durant la crise ukrainienne, qui a pris sa portée internationale avec l’annexion de la Crimée par la Russie et les sanctions européennes et américaines qui ont suivi.
La CCIFR s’est ainsi montrée particulièrement vocale pendant cette crise, rédigeant de multiples communiqués de presse appelant à l’abrogation des sanctions, réclamant la livraison des Mistrals, demandant une “résolution politique” (et donc surtout pas économique) à la crise en Ukraine. Il s’agit bien sûr de choses que beaucoup de monde, à commencer par les russes eux-mêmes, n’ont cessé de dire. Mais quand la CCIFR parle, c’est tout le poids de la Société Générale, du Crédit Agricole, de Bonduelle, d’Yves Rocher, d’Alstom ou de Total (quelques-unes des plus grosses sociétés membres) qui vient derrière. Et c’est aussi ce qui permet à cet organisme de pouvoir rencontrer M.Fabius personnellement en avril 2014 afin de lui faire prendre consciences des dommages causés par les sanctions et de lui demander leur levée. L’organisation française a continué dans cet intense lobbying tout au long de la crise, s’indignant des nouvelles sanctions, relayant les propos d’acteurs français militant pour une résolution politique et pour la mise en place d’un “véritable dialogue” avec Moscou, ou s’inquiétant des conséquences économiques négatives des sanctions sur l’économie européenne. L’impact de ce relais permanent de la rhétorique russe a pu se faire sentir dans la volonté affichée de François Hollande d’entamer une phase de désescalade des sanctions, volonté annoncée lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine en décembre 2014. Si la dégradation permanente de la situation en Ukraine a pour l’instant empêché une telle désescalade, il est évident que l’hypothèse est sur la table. Et que la CCIFR a fait tout son possible pour qu’elle y soit.
Avec l’objectif de départ de développer les entreprises françaises en Russie, la CCIFR offre donc en échange une plate-forme idéale pour développer les idées du Kremlin en France, au travers des très puissantes entreprises françaises qui en sont membre.




Mais en décembre 2011, il n’y ni sanctions, ni gel des ventes de bateaux de guerre. Le conflit avec la Géorgie est loin, la Crimée est toujours ukrainienne, l’ambiance est au business et au développement d’un marché russe toujours extrêmement prometteur. Le Conseil Économique de la CCIFR se rassemble pour sa troisième réunion qui se déroule, dans une belle démonstration de la proximité entre l’organisation privée et les hautes sphères des pouvoirs publics, à la résidence de l’ambassadeur de France en Russie.


Photo prise lors de la réunion du Conseil Economique de la CCIFR en décembre 2011. De gauche à droite, on trouve Guennady Timtchenko, Ruben Vardanian, Jean de Gliniasty (Ambassadeur de France en Russie) et Emmanuel Quidet, président de la CCIFR
C’est lors de cette réunion que Guennady Timchenko est élu Président du Conseil Économique, un groupe intérieur à la CCIFR et qui “rassemble des dirigeants de grandes entreprises françaises et russes partenaires, ainsi que les représentants des organisations patronales des deux pays (MEDEF et RSPP)”. Le site officiel de l’organisation reste succinct quant à sa nomination, mentionnant tout de même son rôle à Novatek et le partenariat entre la société et Total dans l’exploitation de gisements de gaz en Sibérie. Pas trop non plus de blabla sur les objectifs du nouveau président, tout juste nous dit-il vouloir “donner un nouvel élan au partenariat entre les communautés d’affaires russe et française”.
Mais plusieurs personnes vont heureusement s’avérer un peu plus loquaces. Dans un article écrit par Radio Svoboda quelques semaines après sa nomination, l’attaché presse de Timchenko ainsi que le président de la CCIFR vont s’étendre un peu sur les raisons de l’élection de l’oligarque ainsi que sur ce qu’il compte faire. Et surprise, M.Timchenko n’entend pas se limiter à la sphère économique, mais va aussi chercher à développer des “projets humanitaires et sociaux” en France, notamment en ayant recours à sa fondation.
Interrogé sur ce que pourrait penser le public de la nomination d’une figure peu connue, mais notoirement proche de Vladimir Poutine, le Président de la CCIFR rappelle avec une certaine ironie (rappelez-vous : la réunion ayant consacré Timchenko à la tête du Conseil Économique s’est déroulée à la résidence de l’ambassadeur de France en Russie) que “la CCIFR n’est pas un organisme public et la proximité que pourrait avoir l’un de ses représentants avec tel ou tel autre célèbre homme politique n’a aucune influence sur le déroulement des affaires”.
Pendant ce temps, un oligarque et grand ami de Poutine se retrouve à la tête d’un des principaux organes russes d’influence en France.


De Novatek au gouvernement français : la route de l’influence
Bien sûr, que la Russie se serve de la CCIFR pour avancer ses intérêts en France n’est un secret pour personne. C’est même de bonne guerre pourrait-on dire, considérant que la France s’en sert pour avancer ses intérêts (et notamment ses entreprises) en Russie. Tant que les choses se déroulent bien, c’est une affaire entendue et qui ne dérange pas grand monde.
Et pendant longtemps, les choses vont bien se passer. C’est un an et demi plus tard, en juillet 2013, que François Hollande remet à Timchenko la Légion d’honneur, en remerciement de ses actions ayant permis le développement de Total en Russie.
Trois mois plus tard, Christophe de Margerie lui-même (il est alors PDG de Total) vient rejoindre Timchenko à la coprésidence du Conseil Économique de la CCIFR.
Mais, une poignée de semaines après cette élection, des manifestants commencent à s’amasser sur la place du Maïdan, à Kiev. Et, en quelques mois, la situation va dramatiquement changer. La Russie est mise sous sanctions, et Timtchenko fait partie des individus personnellement touché par les États-Unis. Dans le même temps, les prix du pétrole chutent, la croissance russe s’évapore en même temps que le cours du rouble s’effondre. Un an après son élection, Christophe de Margerie est tué dans un accident d’avion à Moscou. L’homme n’avait jamais caché son amitié pour Timchenko et bien que Total ait maintenu l’ensemble de ses projets en Russie, la mort d’un homme qui avait été un véritable canal diplomatique officieux entre Paris et Moscou est durement ressentie dans les deux pays.
Timchenko, lui, est toujours là. Il continue à présider le Conseil Économique de la CCIFR, seul depuis le décès de Christophe de Margerie. Le profond refroidissement des relations entre Paris et Moscou a probablement réduit sa capacité d’influence auprès de l’Etat français, sans pour autant qu’il ne soit poussé vers la porte.
Juste après sa mise sous sanctions, Poutine lui a signifié son soutien en le nommant à la tête d’une commission visant à développer les liens économiques avec la Chine. Il y a quelques semaines, le même Poutine a remis à la femme ainsi qu’à la fille de Timchenko l’Ordre de l’Amitié, une médaille dédiée aux étrangers — les deux étant de nationalité finlandaise. Enfin, il y a quelques jours, l’oligarque est apparu dans les “Swiss Leaks”, ces clients de la HSBC s’étant servi de la banque pour pratiquer l’évasion fiscale.
Timchenko est donc quelqu’un d’indéniablement actif, aussi bien en Russie qu’en France ou, en plus de ses liens avec les hautes sphères économiques françaises, il y possède un patrimoine immobilier très honorable. Ce sera le sujet de notre troisième et dernier épisode.


https://medium.com/@fabrice_deprez/timchenko-et-la-france-408469ac3e6
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Re: comment la Russie s'achète des relais de propagande parmi nos politiques et nos chefs d'entreprises

Message  Caduce62 le Jeu 13 Aoû - 12:32

Actuellement, le Figaro est devenu un organe de propagande du Kremlin : articles pompés sur sputnik, déclarations de Dupont La Haine et des 10 salopards sur le coût des mistrals et du paradis en Crimée  Twisted EvilTwisted EvilTwisted Evil
Même le Canard Enchainé a répercuté le surcout des Mistrals sans réfléchir Evil or Very Mad A désespérer du journalisme français Crying or Very sad
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Re: comment la Russie s'achète des relais de propagande parmi nos politiques et nos chefs d'entreprises

Message  Александр le Jeu 13 Aoû - 13:12

Caduce62 a écrit:. . .
Reste encore Mediapart Razz
Là aussi il y a des blog d'empoutiné de première . . .
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Re: comment la Russie s'achète des relais de propagande parmi nos politiques et nos chefs d'entreprises

Message  tarkan le Jeu 13 Aoû - 13:31

Oui mais les blogs ne reflètent pas la ligne éditoriale du média. Leurs investigations, conjointement à CORRECTV! sur la corruption en Russie est d'une densité rare.

Pour le figaro, et le reste, politique politicienne, mais on prépare une contrz attaque, à voir quel impact elle aura.

Les Mistrals, c'est de la politique intérieure auquel se greffe dans enjeux extérieurs. Et aujourd'hui en France, il faut taper le plus fort possible sur l'ami-molette. Peu importe que ce soit stérile, c'est hype, ça fait vendre.

Mais l'Ukraine est à la ramasse complète sur la guerre de l'image
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Re: comment la Russie s'achète des relais de propagande parmi nos politiques et nos chefs d'entreprises

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